| Il s’est passé en France, au printemps 2006, un petit événement dans le monde de la cynophilie. La naissance de cinq chiots de race Lhasa Apso, de pure origine tibétaine tant par la mère que par le père. Ceci est peut-être passé inaperçu pour beaucoup de personnes, mais pour les vrais amateurs cela représente un immense espoir. En effet, retrouver le type d’origine d’ une race qui fascine les occidentaux depuis plus de 70 ans mais que l’abus de sélection a grandement dénaturé, redonne un élan nouveau et permet d’intéressantes observations.
Tous les deux furent invités à des cérémonies religieuses au Népal et aux Indes, et firent le voyage dans le même avion que les dignitaires religieux qui accompagnaient la dépouille du maître tibétain Kaudoum, chef de l’école Nigmapa ,que l’on ramenait au monastère de Bothna. Ces relations, exceptionnelles dans ce monde assez fermé, ont permis à Madame Masset d’obtenir une petite chienne du Sikkim.
Le chien est un témoin tout proche qui nous fait mesurer, sans grande connaissance scientifique mais par la simple observation, les changements qui s’opèrent dans les espèces vivantes contrôlées par la main de l’homme. Emportés dans le tourbillon des succès que la race remportait dans les manifestations canines de ces trente dernières années, bien peu se posaient la question de savoir si ce chien façonné à la mode occidentale correspondait au petit animal rustique des montagnes himalayennes si apprécié des tibétains. La préservation des espèces n’était pas une préoccupation à l’époque. Forts de leurs convictions, c’est le cœur léger et l’âme sereine que les occidentaux ont entrepris la grande campagne d’ « amélioration » de la race. Pour beaucoup, le résultat est fabuleux ; pour d’autres, totalement décevant et à la limite irrespectueux à l’égard de ce que la nature et la tradition ont maintenu depuis des siècles. C’est pourquoi, aujourd’hui avec ce retour aux sources de la race et la promesse de l’ouverture des lignées pures, on ne peut s’empêcher de ressentir un sentiment particulièrement émouvant : revenir 70 ans en arrière et revoir dans ces chiots l’expression des premiers chiens de la race introduits en Angleterre par Madame Bailey ou aux Etats Unis par M. Cutting. Le long chemin qui a été parcouru depuis leur arrivée jusqu’à ce jour, même s’il a connu des dérives, a eu un côté positif. Il nous a permis de maintenir l’histoire du Lhassa et de rêver à son retour. Cette promesse d’une ouverture de pure lignée tibétaine, qui est le but de Madame Masset, ne peut laisser personne indifférent. Ce retour aux sources, dans le contexte actuel est un enrichissement. |
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| En 1937, quand Mr Cutting retourna à Lhassa, avec son épouse, le 13° Dalai Lama étant décédé juste avant leur arrivée, ce fut le Régent qui leur offrit un couple d’Apsos dorés ( Pema et Lee) accompagnés d’une lettre précisant : “ Je vous envoie deux chiens par Kalimpong. Prenez-en grand soin quand vous les recevrez .” Daté le 7 du 1er mois tibétain de l’année de l’Oiseau d’Eau. Il est à craindre que cette phrase à valeur testamentaire, à la fois si simple et si chargée de sens, n’ait été lue qu’au premier degré. Nous risquons de ne pas avoir saisi le message spirituel qui s’attachait à ces Apsos. « Prenez-en bien soin » ne faisait pas uniquement allusions à l’aspect matériel. En effet ce chien est à l’image d’un pays où le spirituel prime sur le matériel, où la nature façonne les êtres en accord avec le milieu ambiant, où la spiritualité imprègne les hommes mais aussi les bêtes à qui elle confère une allure et une expression aristocratiques disparues chez les Lhassa d’aujourd’hui. |
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